27 April 2012
A gauche on craint de devenir «Oreo»
En plus d'être un gâteau, le mot «Oreo» est une appélation perjorative. Depuis les années 70, de jeunes blacks se servent de ce nom pour insulter ceux d'entre eux qui parlent trop correctement, qui font trop bien leurs études, ou qui risquent de faire partie de l'établissement.
Ce concept a fait beaucoup de dégâts aux Etats Unis. Baratunde Thurston a récemment dit :
«Le concept de l'Oreo m'a rendu dingue. Pendant que j'écrivais 'Losing Ground' j'étais un tuteur bénévole pour le programme après-école d'enrichessement HAP à Washington, D.C., pour les élèves des lycées publiques qui réussissaient mieux (quel concept révolutionnaire : soutenir les gamins qui bossent). Ces élèves devaient nager contre une marée d'accusations d'être des Oreos, de 'se comporter comme un blanc' et tout le reste. On sait tous combien la pression des pairs est forte lorsqu'on est jeune. Le racisme des blancs était une barrière trivial (à mon avis) à l'avenir de ces enfants par rapport aux dégâts faits par le concept de l'Oreo.»
Récemment j'ai pu assister aux meetings de Jean-luc Mélenchon, Philippe Poutou et Eva Joly, et aussi de voir Nathalie Arthaud et François Hollande à la télévision.
Il y a un courant dans leurs discours que l'argent et le capitalisme sont sales, que lorsqu'on gagne de l'argent en bourse, dans l'immobilier, ou en faisant un marché malin, on ne le mérite pas vraiment.
Les gamins qui ont voulu éviter à tout prix d'être des Oreos se sont trouvés marginalisés plus tard dans la vie, et ont vecu en-dessous de leur potentiel. De la même manière, les gens de gauche risquent de se trouver marginalisés et de vivre en-dessous de leur potentiel.
La marque de fabrique de la gauche est de vouloir faire du bien. De vouloir améliorer les conditions de vie pour ceux qui souffrent.
Pour ce faire, on a besoin de pouvoir. Pas le pouvoir corrompu des pirates de finance, mais le pouvoir qui vient avec la compréhension et l'immersion dans le monde. Le pouvoir qui vient avec la maîtrise des outils à notre disposition.
L'argent joue un rôle central dans le monde. Bien sûr qu'il fait beaucoup de dégâts, mais il permet aussi de (et est nécessaire pour) faire du bien.